Offrir une pause à son corps

On le scrute, le soupèse et le soigne. Car il nous préoccupe, ce corps qui prend de l'âge, et nous nous en occupons. Toujours en forme et avec les formes d'usage, notre chroniqueuse Isabelle Guisan s'en inquiète et s'en amuse.

La question n’est pas encore brûlante, mais se fait chaque année un peu plus présente sinon pressante: cette pente, ce sentier alpin, sont-ils plus raides que dans mon souvenir ou est-ce moi qui grimpe moins vite qu’avant? A la salle de gym, les engins sont-ils réglés plus dur ou mes bras n’ont-ils plus la même vigueur que le mois dernier, voire la semaine dernière ? Je dois reconnaître en m’allongeant sur un tapis de gymnastique que mes jambes pèsent lourd après une dizaine de battements, qu’à mon étonnement, presque à mon insu, je transpire et suis essoufflée. Alors quoi, docteur, faire une petite pause sur le palier du 3e étage pour reprendre haleine en grimpant les escaliers, est-ce normal ?

L’été dernier, à la piscine, j’ai constaté que je peinais un peu derrière les autres nageurs, même des dames à l’allure tranquille qui veillaient à ne pas éclabousser leur permanente me dépassaient. Bon, je ne cherche pas à avaler des longueurs de bassin, faire de gentilles brasses dans une eau claire et pas trop encombrée m’a toujours suffi. Mais quand même. Je veux donc bien admettre une certaine baisse de tonus à l’effort, mais je ne dis pas encore « peu importe ». Je préfère « tout dépend », car certains jours de forme étincelante, j’affronte à la montagne de bons dénivelés tout à fait gaillardement.

Loin de tout ce stress, on peut bien sûr opter pour plus soft : respirer immobile. Se concentrer sur son souffle sans bouger, que ce soit dans la nature, sur son lit ou dans un fauteuil. Tout fonctionne alors à bas régime, tout ronronne sans le moindre effort physique, bien régulièrement. Même si l’esprit s’évade, même si les pensées se bousculent et puis s’évanouissent, la conscience du présent revient et avec elle, celle de la respiration. Inspiration, expiration, chaque jour, chaque nuit, depuis plus de soixante-cinq ans. Ca racle, ça regimbe et ça ronchonne le temps d’une bronchite et puis ça repart, c’est reparti. Ce miracle est juste stupéfiant. Pour combien de temps encore, docteur ?