Jouer des hanches

Enfin un homme qui aime danser sans vous marcher sur les pieds ni vous serrer de trop près quand la chaleur éprouve le corps en cette fin d’été. Juste un bon danseur qui sourit en faisant virevolter sa septantaine face à une partenaire à peine plus jeune. Notre seul problème, c’est où aller chalouper ensemble. Les thés dansants pour seniors qui ne se sentent pas vieux ne sont pas légion. Ceux qu’animent de sémillants musiciens à tout faire dans nos villes et nos campagnes ont lieu l’après-midi et se terminent trop souvent à 19 heures. J’y amenais il y a quelques années des résidents en EMS, des femmes surtout, tout contentes de se lancer pour quelques pas dans les bras d’un animateur ou d’un monsieur encore solide.

Nous avons tenté notre chance dans l’un de ces thés dansants là. C’était sympa, tango, marche, valse, chachacha, ici et là une rumba, pourquoi pas. Je regardais les couples habitués à tournoyer ensemble comme les quelques femmes seules qui sirotaient lentement leur bière sans avoir l’air d’attendre d’être invitées. Certaines l’ont été souvent, d’autres pas une seule fois. Je m’identifiais à celles-là bien sûr, les trouvant stoïques, sachant que je n’aurais pas eu ce qui m’est apparu comme du courage et qui était peut-être juste le plaisir d’être là.

Un soir, un orchestre latino nous a attirés vers un quai lémanique, de la musique légère à jouer des hanches à petits pas rapides. Samba, merengue, tout ce que je n’ai jamais dansé, moi qui adore le rock and roll et apprécie la danse libre en face à face. Mon compagnon frétillait sur sa chaise, son pied battait la cadence, je regardais les jeunes couples à l’aise, imaginais les regards apitoyés ou au mieux attendris qu’allait attirer notre couple maladroit par ma faute et n’arrivais pas à décoller de mon siège.

Quand enfin j’y suis parvenue, il était déjà tard, plus personne ne regardait personne et nous nous sommes fondus parmi les couples qui continuaient à se déhancher sous le ciel étoilé. Je suis, ô miracle, parvenue à suivre un homme détendu qui me guidait bien et me suis demandée, vous l’imaginez, pourquoi le regard des plus jeunes me fait parfois si peur.