Ciel, mes clés!

Oublier votre veste, vos clés et vos lunettes est devenu votre quotidien? Rassurez-vous! Nombreux sont ceux qui vivent la même galère... Il suffit, selon notre chroniqueuse Isabelle Guisan, de regarder autour de soi pour trouver un coeur compatissant.

Le sujet est rabâché, éculé, mais il nous importe, à nous tous, puisque, à partir d’un certain âge, nous sommes, je le crois, je l’espère, presque tous égaux face à ces épreuves-là. Ces instants où nous ne savons plus si nous avons emmené nos lunettes de soleil, ni où ont passé nos clés, et ce téléphone portable, l’ai-je bien fermé ? Les femmes souffrent malgré tout d’un léger handicap dans cette quête sans fin, en raison des profondeurs très habitées de leur sac à main.

Alors que nous revenons en voiture d’une journée agréable, l’amie assise sur le siège du passager s’agite, puis pousse son cri d’effroi habituel. Je n’en sursaute pas moins avant de planter sur les freins : cette fois, c’est le portemonnaie qui a disparu, pas les clés. Je parque, le temps qu’elle bondisse, ouvre le coffre, fouille dans ses affaires et exhale un soupir de soulagement tout aussi attendu : le portemonnaie est là.

Je redémarre en me félicitant de ma capacité à prendre les choses légèrement, en les pimentant de la pointe d’humour adéquate. Soulagée aussi que mon amie, jeune senior dynamique, partage quelques failles.

Mais où est donc passé ma veste verte?

Une heure plus tard, j’arrive à la maison, ouvre le coffre… mais où est donc passé ma veste verte? Mon amie l’a-t-elle emportée par mégarde en quittant précipitamment la voiture pour ne pas manquer son train ? Il me faut quelques secondes pour admettre l’évidence: j’ai oublié ma veste dans le bistrot où elle craignait d’avoir laissé son portemonnaie. Et voilà, me dis-je, accueillir son angoisse avec un zeste d’ironie, c’était oublier d’ausculter mon éventuelle distraction à moi.

Je déploie aussitôt toutes mes facultés intellectuelles encore intactes pour retrouver le nom du village traversé, celui du bistrot fréquenté. Le restaurateur se montre compréhensif au bout du fil. Ce «vieux monsieur» du genre calme et sédentaire qui vaquait sur la terrasse, c’était sûrement lui. Un peu plus tard, par e-mail, ma contemporaine me manifeste à son tour sa sollicitude. Oui, qu’elle est réconfortante, la solidarité sans frontières des seniors face à la distraction…

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